Allergies au pollen : pourquoi explosent-elles et que peut-on faire ?

allergies au pollen

Les allergies au pollen concernent de plus en plus de personnes. En France, on estime qu’environ 30 % de la population est aujourd’hui touchée, contre seulement 3 % dans les années 60. Et si rien ne change, une personne sur deux pourrait souffrir d’allergies respiratoires en 2050.

Que se passe-t-il dans notre environnement pour expliquer cette explosion des allergies au pollen ? Des chercheurs de l’Université de Lille ont mené des expériences révélatrices. Elles montrent que le changement climatique et la pollution de l’air jouent un rôle clé.

Plus de CO2, plus de pollen : quand le climat nourrit les allergies

Pour comprendre l’impact du dioxyde de carbone (CO2) sur les allergies, des scientifiques ont réalisé une expérience simple : ils ont placé les mêmes plantes (des graminées, connues pour produire beaucoup de pollen) dans deux salles différentes.

  • Salle 1 : air « normal », comme celui que nous respirons aujourd’hui.
  • Salle 2 : air enrichi en CO2, ce gaz à effet de serre qui augmente dans l’atmosphère à cause des activités humaines (voitures, chauffage, industrie…).

Quatre mois plus tard, les chercheurs ont mesuré la quantité de pollen produite par les plantes dans chaque salle.

  • Dans la salle à l’air ambiant : 4 grammes de pollen.
  • Dans la salle avec plus de CO2 : 5 grammes de pollen, soit environ 20 % de plus.

Autrement dit, plus il y a de CO2 dans l’air, plus les plantes produisent de pollen.

Pourquoi le CO2 fait-il exploser la production de pollen ?

Les plantes se nourrissent en partie de carbone, qu’elles récupèrent dans l’atmosphère sous forme de CO2. Quand la concentration de ce gaz augmente :

  • elles ont plus de “nourriture” à disposition ;
  • elles se développent davantage ;
  • elles projettent plus de pollen dans l’air.

Les chercheurs sont formels :

« La plante se nourrit de carbone qu’elle obtient avec le CO2, donc plus de CO2, plus de nourriture et plus de pollen. »

Résultat pour les personnes sensibles : plus de pollen signifie plus de symptômes allergiques. Ce n’est pas forcément nous qui devenons plus fragiles, ce sont surtout les plantes qui émettent beaucoup plus de pollen qu’avant.

Le pollen comme “transporteur” de pollution

Le CO2 n’est pas le seul responsable. Une autre pollution joue un rôle majeur : les particules fines, issues notamment des moteurs diesel, des usines ou des cheminées.

Au microscope électronique, les chercheurs ont observé les grains de pollen, par exemple ceux de bouleau. Sur leur surface, on distingue de petites particules plus claires, au relief différent :

« Ce que vous voyez n’est pas produit par la plante, ce n’est pas naturel. C’est une particule fine. »

Ces grains de suie font partie des polluants les plus dangereux pour la santé. Le pollen se comporte alors comme un véritable support de pollution :

  • il attrape dans l’air les particules fines issues des pots d’échappement, des usines, des cheminées ;
  • quand on respire, on inhale à la fois du pollen et des particules polluantes.

Comment cette pollution aggrave-t-elle les allergies ?

Lorsque nous respirons un grain de pollen contaminé par des particules fines :

  • cela modifie l’inflammation des muqueuses (nez, bronches) ;
  • si on est déjà allergique, les symptômes peuvent s’aggraver (nez qui coule, yeux qui piquent, crises d’asthme…) ;
  • si on ne l’est pas encore, cela peut favoriser la sensibilisation et contribuer à nous rendre allergiques.

Les chercheurs font un lien entre l’augmentation des allergies et le développement massif des véhicules diesel à partir des années 1970-1980. Les particules de ces moteurs sont fortement suspectées de jouer un rôle important dans le fait de devenir allergique.

« Peut-on dire que la pollution aggrave les allergies ? – Oui. À la fois sur les symptômes et sur le fait de devenir allergique. »

Les spécialistes constatent que les allergies ne cessent d’augmenter sans signe de plafonnement. Certains n’excluent pas un scénario où, à terme, presque tout le monde serait allergique.

Des saisons polliniques plus longues et plus précoces

Un autre effet du dérèglement climatique joue contre les personnes allergiques : les saisons de pollinisation s’allongent et commencent plus tôt dans l’année.

Des botanistes ont observé, par exemple, les périodes de floraison du noisetier. Sur un guide publié en 2011, la floraison de cette plante est indiquée pour février-mars. Aujourd’hui, il faudrait mettre à jour ce livre :

  • le noisetier peut commencer à émettre du pollen dès janvier, voire dès décembre ;
  • le saule fleurit parfois en décembre, alors qu’il fleurissait habituellement en mars.

Concrètement, cela signifie que :

  • le pollen est présent dans l’air plus tôt dans l’année ;
  • la fin de la saison pollinique est souvent retardée ;
  • les personnes allergiques ont de moins en moins de répit entre deux périodes d’exposition.

Le dérèglement climatique contribue donc à transformer ce qui était autrefois une gêne saisonnière limitée en un problème de santé quasi permanent pour certains.

Un véritable enjeu de santé publique

On a parfois tendance à minimiser les allergies au pollen, en les comparant à un simple rhume. Pourtant, pour les personnes concernées, les conséquences peuvent être très lourdes :

  • fatigue importante ;
  • difficultés de concentration au travail ou à l’école ;
  • troubles du sommeil ;
  • gêne respiratoire, voire crises d’asthme ;
  • qualité de vie dégradée sur de longues périodes.

Des spécialistes, insistent sur le fait que l’augmentation du nombre de personnes allergiques représente un vrai sujet de santé publique. Informer le grand public sur l’arrivée des pollens et les risques liés à la pollution est devenu essentiel.

« On connaît tous des personnes allergiques, mais on sous-estime l’impact que ça a sur leur vie. […] Le nombre d’allergiques va augmenter, donc c’est un véritable sujet de santé publique. »

Que retenir pour mieux se protéger ?

Face à l’explosion des allergies au pollen, plusieurs constats s’imposent :

  1. Le changement climatique augmente la quantité de pollen produite par les plantes.
  2. La pollution atmosphérique (notamment les particules fines) se fixe sur les grains de pollen et aggrave les réactions allergiques.
  3. Les saisons de pollinisation s’allongent et commencent plus tôt, ce qui expose plus longtemps les personnes sensibles.

Si les solutions collectives (réduction des émissions de CO2, baisse de la pollution, aménagement des villes, information du public) sont indispensables, chacun peut aussi agir à son échelle pour respirer mieux en :

  • suivant les calendriers polliniques et les bulletins d’alerte ;
  • consultant un médecin ou un allergologue en cas de symptômes répétés ;
  • aérant son logement aux bons moments (plutôt tôt le matin ou tard le soir selon les périodes polliniques) ;
  • limitant son exposition les jours de forte pollution et de fortes concentrations de pollen.

Comprendre les liens entre climat, pollution et allergies au pollen permet non seulement de mieux se protéger, mais aussi de prendre conscience de l’urgence à réduire notre impact sur l’environnement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut