La moisissure autour des fenêtres, derrière les meubles ou dans les angles de pièces n’est jamais un bon signe. En plus d’être inesthétique, elle peut nuire à votre santé et à celle de votre logement. Avant d’envisager des travaux coûteux, il est essentiel de comprendre pourquoi elle apparaît… et comment l’éliminer durablement.
Qu’est-ce que la moisissure exactement ?
La moisissure, ce sont tout simplement des champignons microscopiques qui se développent sur certaines surfaces de la maison. Pour se développer, ils ont besoin de trois conditions :
- une température suffisamment chaude ;
- de la nourriture (un support qu’ils peuvent attaquer) ;
- de l’eau à l’état liquide sur les parois.
Dans la plupart des logements, ces trois conditions sont réunies, d’où l’apparition fréquente de moisissures, notamment autour des fenêtres et dans les recoins.
Les matériaux : une « nourriture » idéale pour les champignons
Les moisissures se nourrissent des matériaux présents dans nos maisons. Certains sont particulièrement appréciés :
- Le plâtre : très courant (plaques de plâtre, enduits, doublages). C’est un support de choix pour de nombreux champignons.
- Le bois : menuiseries, meubles, plinthes… il peut aussi être attaqué par d’autres types de champignons.
À l’inverse, certains matériaux limitent naturellement le développement des moisissures. C’est le cas de la chaux, qui possède des propriétés antibactériennes et fongicides. Elle favorise un bâtiment plus sain, pour le bâti comme pour les occupants.
Changer de matériau peut être une piste lors d’une rénovation, mais ce n’est généralement pas la première solution à mettre en œuvre, surtout si vous cherchez à agir rapidement et à moindre coût.
Pourquoi la moisissure apparaît-elle autour des fenêtres ?
La clé pour comprendre la moisissure, c’est de comprendre la présence d’eau liquide sur les parois. Cette eau provient de la condensation de la vapeur d’eau contenue dans l’air.
Air humide + point froid = condensation
Deux éléments se combinent :
- Un air intérieur trop humide ;
- Un point froid sur les parois.
Lorsque l’air chaud et humide de la maison rencontre une surface plus froide, il ne peut plus contenir autant de vapeur d’eau. L’excès se transforme alors en eau liquide : c’est le phénomène de condensation, parfois appelé point de rosée.
En résumé : air humide + point froid = condensation = terrain idéal pour la moisissure.
D’où vient l’humidité de l’air intérieur ?
Nos habitudes de vie produisent énormément de vapeur d’eau :
- douches longues et chaudes ;
- cuisine (vapeur de cuisson, bouillonnement, etc.) ;
- séchage du linge à l’intérieur ;
- présence des occupants eux-mêmes (respiration, transpiration).
Dans les maisons modernes, il y a un autre facteur aggravant : elles sont devenues très étanches à l’air pour améliorer le confort thermique et réduire les pertes de chaleur. Résultat : l’air humide ne s’évacue plus naturellement et reste piégé à l’intérieur.
Pourquoi les fenêtres et les angles sont-ils des zones à risque ?
Les moisissures n’apparaissent pas au hasard : elles se concentrent là où se trouvent des points froids, aussi appelés ponts thermiques.
- Autour des fenêtres :
- il y a moins de matière isolante entre l’intérieur et l’extérieur ;
- le froid traverse plus facilement ;
- les tours de fenêtres sont donc plus froids que le reste du mur.
- Dans les angles de pièces :
- un angle extérieur est refroidi par deux faces au lieu d’une ;
- la paroi y est donc plus froide que sur un pan de mur simple ;
- l’air humide condense plus facilement dans ces coins.
- En cas de défaut d’isolation :
- isolant manquant ou affaissé ;
- zones non isolées à cause d’un obstacle (montant, poutre…) ;
- création de « taches froides » localisées.
Ces points froids, combinés à un air intérieur trop humide, créent des zones où la vapeur d’eau se transforme régulièrement en gouttelettes. C’est là que la moisissure s’installe.
Sur quoi agir : l’humidité ou les ponts thermiques ?
Pour limiter la moisissure, vous pouvez agir sur l’un ou l’autre des deux paramètres, ou idéalement sur les deux :
- réduire l’humidité de l’air intérieur ;
- supprimer ou limiter les points froids (ponts thermiques).
Traiter les ponts thermiques : efficace mais coûteux
Traiter les ponts thermiques est techniquement possible, mais souvent complexe et onéreux. Par exemple, pour corriger un pont thermique autour d’une fenêtre, il faudrait souvent :
- démonter la menuiserie ;
- recréer une isolation performante et continue ;
- reposer la fenêtre avec une bonne étanchéité à l’air ;
- ajouter un « matelas » isolant pour réduire les déperditions.
On atteint alors très vite plusieurs milliers d’euros pour un problème, parfois localisé, de moisissure. Cela n’a de sens que dans le cadre d’une rénovation globale bien pensée : isolation, choix des matériaux, traitement des ponts thermiques, etc.
Agir sur l’humidité : la solution la plus simple et la moins chère
Dans la plupart des cas, la première action à mettre en place est de réduire l’humidité de l’air intérieur. C’est la solution la plus économique, et souvent la plus efficace à court terme.
Aérer efficacement pour chasser l’humidité
La méthode la plus simple, utilisée depuis toujours, reste… l’aération.
Comment bien aérer ?
Quelques bonnes pratiques :
- Ouvrir les fenêtres en grand, environ 5 minutes, 2 à 3 fois par jour.
- Créer un courant d’air quand c’est possible, pour renouveler l’air plus rapidement.
- Aérer après les douches, la cuisine ou une activité produisant beaucoup de vapeur.
Lorsque vous aérez, vous faites entrer de l’air plus sec de l’extérieur dans un environnement intérieur trop humide. Même si dehors il fait froid, ou même s’il y a du brouillard, l’air extérieur est généralement plus sec que l’air chaud de votre logement, car la capacité de l’air à contenir de la vapeur d’eau dépend directement de sa température.
Et pour le chauffage ?
Beaucoup de personnes ont peur qu’aérer augmente fortement leur facture de chauffage. En réalité :
- il consomme plus d’énergie de chauffer de l’air humide que de chauffer de l’air sec ;
- l’air en lui-même est très léger et facile à chauffer, ce qui coûte de l’énergie, c’est surtout l’eau contenue dans l’air.
Aérer régulièrement n’est donc pas un non-sens énergétique, au contraire : un air plus sec est plus facile et plus économique à chauffer.
Pourquoi l’aération ne suffit pas toujours
Aérer est indispensable… mais pas toujours suffisant pour obtenir un habitat vraiment sain, notamment pour deux raisons :
- on ne contrôle pas précisément la quantité d’air renouvelé ;
- selon la configuration du logement, certaines pièces restent mal ventilées.
On a souvent des à-coups : beaucoup d’air neuf en peu de temps, puis plus rien. L’idéal serait de renouveler l’air en continu, en petite quantité, tout au long de la journée.
La ventilation mécanique : un renouvellement d’air maîtrisé
Pour garantir un renouvellement d’air constant et maîtrisé, on utilise des systèmes de ventilation mécanique, comme la VMC.
Les principaux types de ventilation
On trouve notamment :
- VMC simple flux (classique ou hygroréglable type A ou B) ;
- VMC double flux ;
- extracteurs individuels (dans une salle de bains, par exemple) ;
- et divers systèmes dérivés.
Quel que soit le système choisi, les principes de base restent les mêmes :
- une extraction d’air vicié (souvent dans les pièces humides : cuisine, salle de bains, WC) ;
- des entrées d’air (généralement dans les pièces dites « sèches » : chambres, séjour) ;
- un cheminement de l’air à travers le logement.
Assurer un bon balayage de l’air
Pour que la ventilation fonctionne vraiment, il faut permettre à l’air de circuler d’une pièce à l’autre. Cela passe par :
- le détalonnage des portes (laisser 1 à 2 cm entre le bas de la porte et le sol) ;
- la présence de grilles d’entrées d’air bien positionnées ;
- un réseau de gaines ou d’entrées/sorties d’air conçu de façon cohérente.
Malheureusement, ces règles simples sont encore trop souvent mal appliquées :
- portes non détalonnées ;
- absence de grilles ou grilles mal placées ;
- choix d’une VMC double flux dans un contexte inadapté, avec surconsommations ou dysfonctionnements à la clé, alors qu’une simple flux aurait été suffisante.
Avant de vous lancer dans de gros travaux
La moisissure est un problème sérieux, mais les mauvaises décisions peuvent coûter cher sans résoudre la cause réelle. Avant de dépenser plusieurs milliers d’euros dans des travaux lourds, il est fortement conseillé de :
- comprendre les mécanismes d’humidité et de condensation chez vous ;
- mettre en place les gestes simples (aération, réduction des sources d’humidité, vérification de la ventilation existante) ;
- envisager ensuite, si nécessaire, une rénovation plus profonde : isolation, traitement des ponts thermiques, matériaux adaptés (comme la chaux), etc. ;
- vous faire éventuellement accompagner par un professionnel pour un diagnostic et des travaux adaptés à votre bâtiment.
En comprenant le trio air humide – point froid – condensation, vous saurez mieux où agir, par quoi commencer et comment éviter les dépenses inutiles, tout en retrouvant un intérieur plus sain.

